Les croissants du désir

 

 

Sortie brusquement de son sommeil, Eglantine se redresse, allume sa lampe de chevet et saisit immédiatement le stylo posé sur la table de nuit en bois massif couleur miel, ainsi que son précieux cahier toujours à portée de main. Assise sur son lit, elle note avec fébrilité les pensées qui viennent de traverser son esprit. Un large sourire illumine son visage. Depuis trois mois, l’inspiration fuit Eglantine. La fameuse page blanche tant redoutée des auteurs. Le sentiment d’un cerveau vidé de sa substance créative. Eglantine a pourtant fait appel aux nombreux stratagèmes de sa connaissance pour tenter de réactiver son imagination. En vain. L’inspiration, cette capricieuse, ne se débloque pas sur commande !

Sitôt ses idées couchées sur le papier, Eglantine se glisse de nouveau sous la couette et se rendort, l’esprit léger. La perspective de l’histoire qu’elle rédigera le lendemain la ravit.

Lorsque ses paupières se soulèvent, le radio-réveil indique 8 heures. Eglantine se coule hors du lit, ouvre fenêtres et volets de la maison, prépare son petit déjeuner, qu’elle déguste tranquillement.

Après s’être rassasiée, la quinquagénaire fait escale à la salle de bain. Sous la douche, son esprit s’échappe vers l’homme croisé la veille à la boulangerie, dont le sourire lumineux avait égayé sa journée, ravivant en elle une agréable sensation depuis longtemps oubliée. Mais l’heure n’est pas à la rêverie ; Eglantine doit écrire.

Revêtue d’une robe de bain violette à fines bretelles, elle s’installe sur la terrasse avec son ordinateur portable et son indispensable thermos de café. Les yeux de la romancière parcourent ses notes tandis que ses doigts commencent à s’agiter sur les touches. Eglantine retrouve les sensations du plaisir de l’écriture : son cerveau qui fourmille et les mots qui ruissellent de sa tête à ses doigts. Elle a l’impression d’avoir recouvré un appétit perdu, de réapprendre à marcher après une trop longue immobilisation.

 

Colombe s’est levée aux aurores afin de profiter au maximum de sa première journée de congé. Devant le miroir du dressing, elle hésite un peu. Toutefois, à cette heure matinale, elle ne croisera certainement pas âme qui vive. Sa décision est donc prise.

 

Trente minutes plus tard, après avoir remonté ses longs cheveux noirs en un chignon bien coiffé, elle quitte la villa louée pour la quinzaine, se dirige vers le garage et enfourche le vélo mis à sa disposition. En quelques coups de pédale, elle rejoint le chemin conduisant au village. Un léger mistral s’invite sous sa jupette fleurie, caressant ses fesses rebondies. La jeune femme savoure le plaisir d’être nue sous ses vêtements, plaisir qu’elle ne s’octroie que très rarement lorsqu’elle réside à Lyon, sa ville natale. Mais en vacances, elle peut se permettre de laisser entrevoir ses atouts avec subtilité. Joueur, le vent effleure le cou de la jolie brune, tel un tendre baiser. Colombe frissonne. Elle imagine la bouche d’un homme sur cette partie de son anatomie et, distraite, manque perdre l’équilibre. Elle redresse in extremis son guidon et poursuit sa route.

 

Parvenue à l’entrée du bourg, Colombe descend de sa monture, préférant éviter de rouler sur les ruelles pavées. Polisson, le mistral soulève sa jupette, sous l’œil amusé et gourmand de quelques passants. Avec vivacité, un sourire gêné sur les lèvres, la jeune femme rabat son vêtement.

 

Devant la boulangerie, elle cale sa bicyclette contre la devanture avant de pénétrer à l’intérieur de la boutique. L’odeur du pain et des viennoiseries à peine sortis du four chatouille agréablement ses narines.

 

— Bonjour mademoiselle !

 

Perdue dans la contemplation des appétissantes gourmandises disposées dans les vitrines, Colombe sursaute et relève la tête en entendant la voix grave, aux intonations chantantes, l’interpeller poliment. Ses iris bleus entrent en collision avec un regard ensorcelant, teinté de vert, qui ne quitte pas le visage de la jeune femme. Le sourire enjôleur accroché aux lèvres du commerçant parachève le trouble de Colombe. Pourtant, si elle l’examine plus attentivement, elle ne peut affirmer que cet homme possède une beauté incontestable. Il se dégage néanmoins de lui un tel charme qu’elle le trouve très séduisant. Une vague de chaleur submerge alors son corps.

 

En silence, les yeux du boulanger flattent la silhouette de la trentenaire, s’attardant sur la forme harmonieuse de ses seins dont les pointes se dressent sous son tee-shirt blanc. De délicieuses sensations envahissent le bas-ventre du fascinant brun.

 

« J’aurais dû mettre un soutien-gorge ! » songe Colombe, désarçonnée par le regard déshabilleur, et cependant respectueux, du boulanger.

 

Se ressaisissant avec difficulté, la jeune femme répond enfin :

 

— Bonjour ! Quatre croissants s’il vous plaît !

 

Tout en continuant à l’observer, l’homme saisit les plus beaux croissants, les loge dans un sachet en papier qu’il tend à sa cliente, son séduisant sourire toujours affiché sur ses traits.

 

— Merci ! Combien je vous dois ?

 

A l’instant où elle prononce ces mots, Colombe réalise que son sac à main est resté dans le panier d’osier installé sur le devant de sa bicyclette.

 

— 3 euros 60 !

— Je… je reviens de suite, je vais chercher mon sac, avertit la jeune femme en effectuant un demi-tour vers l’extérieur.

 

Le boulanger suit sa cliente du regard. Lorsqu’elle ouvre son panier, il ne peut s’empêcher d’admirer les fesses potelées que le mistral vient une nouvelle fois de dévoiler. Rapidement, la main droite de Colombe remet la jupette en place.

 

— Zut ! s’exclame-t-elle en s’apercevant qu’elle a omis d’emporter son porte-monnaie.

 

Embarrassée, elle retourne dans la boutique.

 

— Je… bafouille-t-elle en rougissant, j’ai oublié mon porte-monnaie.

 

Puis, à toute vitesse, elle débite :

 

— Je vais aller le chercher, c’est pas loin, je loue la maison près de la plage ; j’en ai pour une heure aller retour.

— Ne vous donnez pas cette peine, charmante demoiselle. Je peux vous faire crédit.

— Mais vous ne me connaissez même pas !

— Il n’y a guère de différence entre vous laisser faire l’aller retour ou vous faire crédit, affirme le boulanger dont le sourire chavire de nouveau les sens de Colombe. Dans un cas comme dans l’autre, vous pourriez ne pas revenir. Mais je sens que je peux vous faire confiance. Donc, vous me paierez à l’occasion d’un prochain tour au village.

 

Le charme qui émane de cet homme a le don d’émoustiller la jeune femme. Des pensées coquines traversent son esprit tandis que le commerçant la contemple. Dans leur regard, chacun lit le désir de l’autre. L’entrée d’un client dans la boulangerie rompt cette merveilleuse alchimie.

 

Colombe s’empare du sachet de croissants et lance un aimable « au revoir ! » avant de sortir. Elle range les viennoiseries dans son panier d’osier et emprunte la ruelle à pied, ses mains tenant le guidon de sa bicyclette. Le sourire et le regard du boulanger hantent la trentenaire ; son cerveau divague. Elle imagine la flamme du désir les embraser, leurs langues s’enrouler en un baiser fougueux, leurs mains caresser leurs corps, avec langueur puis avec une frénésie grandissante, jusqu’à ce qu’ils ne fassent plus qu’un, la verge du boulanger frétillant dans son antre brûlant. L’ardent désir qui la consume provoque l’envie de retourner sur ses pas et d’assouvir ses fantasmes.

 

Se forçant à détourner ses idées, Colombe chasse les images si tentantes, grimpe sur son vélo et s’éloigne à toute vitesse. Comme si mettre de la distance entre elle et le beau brun pouvait gommer l’attirance qu’elle éprouve pour lui ! De toute façon, elle sera bien obligée de le revoir pour régler sa dette de 3,60 euros.

 

Tandis qu’elle pédale à vive allure, le mistral faisant danser sa jupette et osciller les blés frémissant dans les champs alentour, la jeune femme essaie de distraire son esprit en listant mentalement les activités qu’elle envisage d’effectuer durant ses vacances. Un appel, « Mademoiselle, mademoiselle ! », la fait sursauter alors qu’une onde de volupté se propage en elle. Néanmoins, elle ne s’arrête pas, ordonnant à ses pieds de mouliner plus vite. Si ses sens réclament cet homme à cor et à cri, sa raison refuse de céder aussi rapidement.

 

Colombe perçoit de plus en plus distinctement la voix qui se rapproche. Elle tourne légèrement la tête. Son poursuivant, qui l’a rattrapée, agrippe le rebord de la selle, frôlant les fesses nues. Déséquilibrée et troublée, la cycliste s’accroche au cou de son assaillant, laissant choir son vélo.

 

Le boulanger – car il s’agit bien de lui – saisit sa taille, l’attire à lui et cueille passionnément ses lèvres. Colombe lui rend son baiser avec la même ardeur. Au diable la raison ! Elle se serre davantage contre lui, pressant son bas-ventre contre le sien. Sous le jean de l’homme, elle sent une belle friandise pleine de savoureuses promesses.

 

Dans un souffle, l’homme murmure « Viens ! ». Il met sa main dans celle de Colombe et l’entraîne jusqu’au champ jouxtant le chemin. Derrière un bosquet d’arbustes, à l’abri d’éventuels curieux, il la couche sur l’herbe avec délicatesse avant de s’allonger près d’elle, son bras entourant son épaule, la tête légèrement relevée. Yeux dans les yeux, ils se dévorent du regard, attisant leur désir réciproque. Le boulanger caresse tendrement la joue de Colombe puis dirige ses doigts vers sa bouche, dont il dessine lentement les contours avant de se pencher sur elle et de l’embrasser avec fougue. Son membre tend la toile de son pantalon. Sa main se faufile sous le tee-shirt, enveloppe le sein gauche, le palpe avec douceur ; le beau brun reproduit la manœuvre avec le sein droit. Puis, soulevant le maillot blanc en coton, sa bouche s’aventure vers les tétons dressés, les aspire ; ses dents les mordillent, sa langue lèche avec gourmandise, arrachant des gémissements de bien-être à sa partenaire qui ouvre légèrement les cuisses. La main de l’homme descend, serpente sous la jupette, titille son bas-ventre sans toutefois s’y attarder. Désireux de faire durer le plaisir, il relève la tête, sourit avec malice ; les iris bleus de Colombe l’implorent en silence.

 

Les caresses du boulanger se font plus audacieuses. La jeune femme laisse échapper des roucoulements de bonheur. Excité, l’homme envoie valser son jean et son boxer. Sous le déluge de caresses voluptueuses qu’ils se prodiguent, les amants décuplent leur désir commun.

 

Avec une infinie douceur, le boulanger introduit sa verge dans l’antre humide et accueillant de la jolie brune. Tout en fondant son corps dans le sien, il l’embrasse fougueusement puis ses prunelles vertes se perdent dans les bleues de sa partenaire. Il veut profiter du plaisir qu’elle va éprouver. Leurs souffles se mêlent, leurs cœurs battent à l’unisson tandis que la cadence des coups de reins s’accentue. Colombe caresse le dos de son amant tout en l’incitant à poursuivre et à accélérer son rythme. Il s’exécute volontiers. Le chignon de Colombe se dénoue, libérant sa longue chevelure noire. Une déferlante de plaisir parcourt le corps du boulanger ; il ralentit ses va-et-vient. Colombe le presse de rétablir son allure. Il obtempère. Soudain, le plaisir les inonde. Dans une ultime étreinte, des spasmes d’apothéose les secouent. Ils hurlent leur jouissance avec une extraordinaire puissance.

 

Les amants s’allongent, blottis l’un contre l’autre. Le boulanger passe la main dans les cheveux de Colombe qui lui sourit béatement. Le couple goûte au bien-être de l’instant présent tandis qu’un léger mistral caresse leurs corps.

 

— Au fait, je m’appelle Kerwan, annonce le boulanger avec un sourire espiègle.

— Colombe.

 

La satisfaction se lit sur le visage d’Eglantine. Elle est parvenue à écrire sa nouvelle d’une traite, sans difficulté. Elle imagine déjà d’autres scénarios. Et pourquoi pas un roman consacré à ces deux personnages ? Une idée à creuser…

 

 

© Jocelyne B.

Tous droits d’auteur réservés

(16 juillet 2017)

 

 

 

 

Sorpion

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